Alexandrie dans les premières années du 20ème siècle
Alexandrie
(Iskandérich en arabe), port d'Egypte sur la Méditerranée, par 31°12'53" lat. N. et 27°32'35" long. E., à 180 kil. N. O. du Kaire, est située entre la mer au N. et le lac Maryouth (Mareotis) au S. « Entre l'Asie et l'Afrique, à portée des Indes et de l'Europe, elle est le seul mouillage des 500 lieues de côtes qui s'étendent depuis Tunis jusqu'à Alexandrette; elle est à l'une des anciennes embouchures du Nil. Toutes les escadres de l'univers pourraient y mouiller, et dans le vieux port elles sont à l'abri des vents et de toute attaque. » (Napoléon.) Mais les passes pour y pénétrer sont difficiles; le Port Neuf, à l'E., est séparé du Vieux Port (seul fréquenté maintenant) par le môle qui réunit au continent l'ancienne île de Pharos, où s'élevait jadis le phare, où se trouve auj. le fort du phare. Mais un banc de sable gêne l'entrée du Vieux Port. En relation avec les Echelles du Levant, avec Constantinople, Trieste, Marseille, l'Angleterre, etc., par les paquebots de la Méditerranée, elle est l'entrepôt du commerce de l'Egypte et de l'Afrique orientale, par le canal Mahmoudieh et le Nil; elle est le lieu de transit pour l'Inde et l'extrême Orient par le chemin de fer qui conduit à Suez. ? Les principaux articles d'exportation sont: le coton, le blé, les fèves, l'orge, le maïs, les dattes, le riz, la gomme, les laines, les articles du Sennaar (dents d'éléphants, encens, cire blanche, plumes d'autruches) et de la mer Rouge (écaille de tortue, nacre). ? Ville égyptienne, sous le nom de Rhaconda ou Rhacotis, elle devint une grande cité par la volonté d'Alexandre, 331 av. J. C; elle fut surtout florissante sous les Ptolémées et les empereurs romains; elle comprenait alors deux quartiers principaux; le Rhacotis, où était le Sérapion, et le Bruchion, renfermant le palais des rois et la fameuse bibliothèque, en grande partie brûlée par César, lorsqu'il fut assiégé dans la ville. La ville moderne occupe une partie de l'enceinte élevée par les Arabes, en 1218, pour se défendre contre les Croisés; on y remarque le palais fortifié de Méhémet-Ali, l'arsenal de la marine, les maisons des consuls européens. Il y a de nombreux débris de l'antiquité, soit dans l'enceinte, soit au dehors, la colonne de 29 mètres, faussement appelée colonne de Pompée, qui servait d'ornement au Sérapion, deux obélisques appelés aiguilles de Cléopàtre, le camp de César avec les ruines d'un grand palais romain, les catacombes de l'ancienne nécropole, etc. ? Alexandrie, qui compta jusqu'à 900,000 hab., fut l'entrepôt le plus actif du commerce de l'ancien monde; elle fut aussi l'un des centres les plus remarquables de la civilisation, l'un des foyers des lumières, le vaste laboratoire où vinrent se mélanger les idées de l'Orient et de l'Occident. Auprès de sa bibliothèque, de son Musée, de son Académie, vinrent se grouper les poètes, les érudits, les savants, les philosophes: Apollonius de Rhodes, Lycophron, Aratus, Callimaque, Théocrite, etc., sont les plus illustres des poètes alexandrins; Euclide, Archimède, Ptolémée, Eratosthène, Aristarque, etc., furent à la tête du mouvement scientifique. Au moment où brillait l'école philosophique d'Alexandrie, le christianisme se développa avec éclat dans cette ville et ses archevêques ou patriarches jouèrent un grand rôle dans le monde religieux. La turbulence des Alexandrins fut plusieurs fois cruellement réprimée par les empereurs; déjà elle avait beaucoup souffert; déjà elle avait été prise par le roi de Perse, Chosroès, lorsque l'arabe Amrou s'en empara pour le khalife Omar, et la dévasta, en 640. Alexandrie déclina, mais fut encore au moyen âge, sous les khalifes, les Ayoubites et les Mameluks, l'un des principaux entrepôts du commerce avec l'Orient. La découverte du cap de Bonne-Espérance, en 1497, lui porta un coup mortel, et sous la domination des Turcs ottomans, elle fut presque ruinée. L'expédition des Français (1798-1801) et surtout le gouvernement de Méhémet-Ali et de ses successeurs l'ont relevée; mais les événements des dernières années, la révolte d'Arabi, les massacres et les pillages, puis le bombardement par les Anglais, ont arrêté les progrès de sa prospérité. Elle avait alors 170,000 hab.